Histoire

Le Café Vert est soutenu par la Paroisse de Rondchâtel, région comprenant les villages de La Heutte, Péry, Frinvilier, Plagne Vauffelin, Romont et Orvin

 

Premier café : 18 novembre 2010

Le Café Vert  Victimes de la mode ?  Orvin, 18.11.2010

Texte de Anne-Christine Horton, animatrice Terre Nouvelle, en ouverture du Café Vert

Victimes de la mode   Un Café Vert au Grain de sel

J’aime bien ces deux images :  Grain de sel     –    Café vert   Mettre son grain de sel quelque part, c’est s’immiscer dans une conversation ou une situation. Une connotation plutôt négative, quoique…  Ajouter du sel dans la soupe par contre, c’est la relever, l’améliorer…Une connotation positive.  Alors un grain de sel dans un café vert ? Pourquoi pas ?  On trouve bien du chocolat à la fleur de sel.

Victimes de la mode   Nous sommes toutes concernées.  La mode est à la fois un sujet d’histoire, de sociologie, de géographie, autant que d’art, de design et de création. Depuis toujours les hommes et les femmes se soucient de leur look. Pensez à Adam et Eve qui, lorsqu’ils se découvrent nus, cherchent une solution pour se couvrir. C’est le début de l’histoire de la mode. Les métiers liés à l’habillement font partie des plus anciens métiers dans toutes les civilisations du monde.  Pensez à tout le travail lié au traitement du lin, du coton, de la soie, de la laine… pour les transformer en tissus, puis en vêtements pour toutes les saisons et occasions de la vie. Je suis toujours fascinée, lorsque je visite des musées d’histoire, par la sophistication des costumes anciens. L’Europe a longtemps été au coeur de cette industrie avec de grandes manufactures à Lyon et St-Gall entre autres… Et combien d’entre vous ont eu des mères et grandmères tailleurs, couturières, lingères, ouvrières dans des usines textiles… ?  C’étaient des métiers porteurs il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui c’est un luxe de se payer les services d’une couturière (sorry Pascale) et les enseignes qui fabriquent des tissus en Suisse, en France ou ailleurs en Europe travaillent généralement pour le haut-de-gamme. Mais s’habiller n’est pas un luxe. Cela fait partie desbesoins fondamentaux comme se nourrir et avoir un toit. Dans toutes les cultures l’habillement est important. En 1987, nous sommes partis vivre en RDC avec notre famille. Nous travaillions dans un hôpital de brousse. Nous avions pris des habits peu dommages, style « safari », normal on allait en Afrique. Je n’oublierai jamais notre allure le jour de notre premier Noël africain. Nous avions l’air complètement décalés. Dans cette région, tout le monde mettait ses nouveaux habits le jour de Noël pour aller à l’église, habits qu’ils allaient ensuite bien sûr porter toute l’année et qui allaient perdre leur éclat . Mais à Noël, c’était une explosion de couleurs, de formes, un jour de grande fête. Les collègues de mon mari, ne se baladaient pas en sandales et en shorts. Ils trouvaient dans les boutiques du village de quoi avoir l’air de médecins. Nous avons donc vite compris que pour nous intégrer, il fallait aussi prendre en compte ces codes vestimentaires. C’est en participant aux activités des femmes de l’hôpital de Nyankunde que j’ai appris comment mes soeurs congolaises aimaient elles aussi s’arranger, discuter chiffons, s’extasier devant le dernier modèle de pagne ramené de Kinshasa et s’empresser de le copier …

Il y a un mois, j’étais à Libreville au Gabon en tant que déléguée à une conférence d’églises. Le dimanche au culte il y avait 500 personnes. Ils ont fait l’offrande portable, c’est à dire en défilé chantant et dansant. J’étais au premier rang et je vous promets que c’était aussi passionnant qu’un défilé de mode à Paris ou Milan. Des chapeaux, des chaussures à talons , des pagnes, des mix d’habits européens et africains, sans parler des uniformes des chorales…

Tout cela pour dire que la mode n’est pas une ligne de démarcation entre riches et pauvres. Chacune cherche avec ce qu’elle a à se mettre en valeur. Et c’est normal.

Alors où se situe le problème ? Parce qu’il y en a quand même un. Encore une fois, je vous propose un bref coup d’oeil dans le rétroviseur : Celles qui ont plus de 40 ans, comment achetiez-vous vos habits quand vous étiez enfants et ados ? Combien de fois par année alliez-vous faire du shopping ? Qui cousait vos habits ? Et maintenant ? Vos filles ? Et vous, comment achetezvous vos habits ? Combien de temps les portez-vous ? Pourquoi en achetez-vous de nouveaux ? Qui nous dicte les lois de la mode ? (séries TV, mode standardisées, domination des marques…) Une chaîne qui ne renouvelle pas ses collections au moins tous les mois ne tient plus face à la concurrence. Aujourd’hui les boutiques sont pleines d’habits de fête… dans quelques semaines, nous voudrons trouver des soldes, ensuite, des habits de printemps… et pas chers s’il vous plaît.Ça commence par la production du coton sur des terres achetées par des multinationales. Une fois récolté, ce coton est transporté brut dans des usines à l’autre bout du monde pour être transformé en tissu avant de devenir jeans ou T-shirt et refaire le tour de la planète pour atterir sur les rayons de nos H&M, Zara, Zebra, Yendi, etc. Celles et ceux qui ont sué sur la chaîne de production n’ont touché que quelques maigres centimes ou francs pour prix de leur travail. Pour cela ils ont tout quitté, leur village, leur famille, leur accès à une terre pour les nourrir, leur savoir-faire traditionnel et se retrouvent entassés dans des conditions de vie innomables aux abords de mégapoles surpeuplées. C’est pour dire non à cette exploitation injuste que nous avons initié le Café Vert. Parce que nous croyons qu’il y a des solutions possibles. A notre échelle. Ici et maintenant. Parce que nous refusons d’être des fashion victims Parce que nous voulons devenir actrices de notre consommation de mode. En valorisant ce que nous avons, en nous stimulant mutuellement, en osant être cré-actives,… et en ayant du plaisir ! Pratiquement, il y a une foule de choses que nous pouvons faire. Des associations militent au niveau planétaire pour dénoncer ces injustices. En Suisse, c’est la campagne Clean Clothes qui fait ce travail. Nous allons vous donner leur dernière brochure intitulée « Un salaire de subsistance pour tous ». ainsi que l’article paru cette semaine dans plusieurs quotidiens sur les labels équitables dans le domaine du textile. Avant-hier, sur le site de la DB, ils annoncaient la sortie d’un dépliant avec le classement des magasins de mode du plus au moins éthique.  ConclusionUne dernière histoire et un geste symbolique en guise de conclusion. Au nord de Dhaka au Bangladesh, les femmes mais aussi les hommes tissent depuis des siècles. Des tissus produits localement, teints artisanalement. Un savoir faire qui était en train disparaître alors que de grandes usines s’installaient partout dans le pays, recrutant à tour de bras de la main d’oeuvre bon marché. Des ONG locales se sont mobilisées. Aujourd’hui, l’EPER les soutient et 50’000 personnes vivent du tissage artisanal.(cf affiche + carte) Des filières d’exportation, notamment vers l’Angleterre se mettent en place. A Dhaka, une superbe boutique « Fair Trade » vend ces tissus. Pas une boutique de luxe. Mais une boutique tellement bien présentée, qui fait vraiment honneur au travail artisanal. C’est là que j’ai acheté ce sari vert et rencontré Shimul, la directrice du programme de l’EPER au Bangladesh. Une femme d’action qui m’a touchée, qui agit dans la droite ligne de notre Café Vert. En communion avec ces familles nous voulons nous aussi tisser des liens solidaires, nous souvenir que c’est ensemble que nous créerons un monde plus juste ici et là-bas.Café Vert : ça continue– le 29 janvier à Tramelan lors de la journée CréamissionTu ne sais rien si tu n’agis pas.

– au prochain Café Vert

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– et partout où pousseront des graines de café

vert…

Seuls ceux qui font la volonté de Dieu accèdent à la spiritualité. Dieu n’a pas d’autre corps que le tien. Il ne dispose que de ton visage pour se montrer. Il n’a que la force de tes bras pour changer la face du monde; que tes mains pour sortir de la misère; que tes pieds pour apporter aux autres la vie et la paix. Penses-y: la force de vie de Dieu est en toi. Quand tu soignes les malades, quand tu verses de l’eau, quand tu achètes des denrées issues du commerce équitable. Quand tu respectes l’enfance, quand tu vis en préservant les ressources naturelles, quand tu t’inclines avec respect devant tout ce qui vit, quand tu t’insurges contre la mort. Penses-y: la force de vie de Dieu est en toi

C’est là que se situe le problème: pas cher. Or la mode a un prix. Celui de la vie de celles et ceux qui fabriquent nos vêtements, le plus souvent en Asie. L’explosion de l’offre et de la demande dans le secteur de l’habillement est directement lié à la mondialisation. Et ce sont les plus pauvres qui casquent pour les plus riches qui veulent toujours plus pour toujours moins.

Dans la Bible, il y a une femme d’action qui m’inspire, qui m’invite à l’action. Elle est décrite en Proverbes 31.

N’est-elle pas magnifique ? Voilà une actrice de sa vie, une créatrice de vie. Une femme qui fait envie. Une femme qui ose être elle-même et s’affirmer dans la société. Une femme qui a le souci de la justice et de l’équité… Une femme qui aime être belle.

Textes d’ Anne-Christine Horton